, Secrétaire général de la Fondation pour le .

Depuis avril 2009, la Fon­dation Ban­que populaire pour le microcrédit a pris les rênes de la Fondation embourbée dans une situation fi­nancière délicate. De nombreuses actions d’urgence ont été lancées et des efforts déployés pour réussir l’opé­ration de et donner naissance à l’ensemble -Chaâbi.

ÉCO-PLUS : Est-ce c’est la moro­sité que vit le secteur du micro­crédit est due en quelque sorte à une intervention tardive de pour le réguler?

Mustapha Bidouj : Il ne faut pas chercher absolument à mettre la responsabilité sur le dos des pouvoirs publics ou autres… Je pense qu’il faut aujourd’hui, d’une manière plutôt sereine, pas­ser en revue les 10 années passées pour voir ce qu’il y a à réformer. BAM a fait ce qu’il fallait en termes d’alerte et de mise en place d’un certain nombre de règles pruden­tielles. Est-ce que c’est suffisant ou pas? Nous pensons que ce qui a été fait est bon du moment que cela a permis de superviser les avoirs des institutions et de consolider plus au moins la solidité de certaines associations. Peut-être il faut juste se poser les bonnes questions… Par exemple, pourquoi il a y a eu le retournement de la tendance en 2007 et 2008? Pourquoi tout d’un coup les impayés sont montés en flèche ? Qu’est-ce qui a changé dans le secteur de la micro-fi­nance ? Qu’est-ce qui a fait que la grande partie de cette clien­tèle change de com­portement et devient réticente au rembour­sement des crédits, alors qu’elle consti­tuait un modèle pen­dant très longtemps et faisait la fierté de tous? Peut-être que 10 ans, c’est trop peu pour un secteur et que la morosité actuelle n’est pas un passage obligé pour une meilleure maturité, mais il est vrai également que cette croissance expo­nentielle a été réalisée par certaines institutions de manière très débri­dée. L’argent était là et la course à la taille animait certaines institutions qui se sont développées sans que des bases solides aient été assurés au niveau notamment des systèmes d’informations et des systèmes de contrôle, de gestion et d’organisa­tion. Peut-être qu’on n’a pas été assez vigilants par rapport à ces as­pects et qu’on est en train de payer aujourd’hui les erreurs commises.

Est-ce que des mesures d’assai­nissement sont déjà mises en place ?

Par la force des choses, nous som­mes dans une situation où chacun des opérateurs est obligé de déceler les dysfonctionnements à corriger. Il est également question de regar­der si le texte de régissant l’ac­tivité est toujours d’actualité pour pouvoir s’orienter vers une grande vigilance et vers plus d’ouverture, sachant qu’aujourd’hui, toutes les institutions de microcrédit ont une capacité d’innovation très réduite. Limitée à une interven­tion de 50.000 dirhams, elles se retrouvent toutes à proposer les mêmes produits. Les clients n’arri­vent pas distinguer les institutions financières qui ont une capacité importante et qui auraient pu se comporter autrement vis-à-vis de leur clientèle.

Le texte de loi est donc appelé à être révisé…

Oui. Après des années d’activité, il faut mettre tout cela à plat et ré­fléchir sereinement sur ce que nous voulons faire du secteur du micro­crédit. Même si le Maroc a donné le meilleur exemple quant au dé­veloppement de cette branche, elle reste pourtant ru­dimentaire car elle est mono-produit, sachant qu’ailleurs, on parle de micro- finance et non pas de microcrédit.
D’ailleurs, des réunions ont été te­nues avec le minis­tère des Finances et BAM dans ce sens. Ils sont conscients de ce problème. Je peux dire que je suis optimiste vu la marge de dévelop­pement dont jouit le secteur. Il s’agit, en quelques sortes, de passage de l’âge d’enfance à l’âge adulte, l’adoles­cence a toujours été un peu diffi­cile. Seulement, il faut qu’elle soit la plus courte possible.

Où en est le processus de fusion Zakoura-Fondation Banque popu­laire de microcrédit?

Le processus de fusion entre dans une phase presque , parce que nous avons opéré, pour cette opération, plusieurs actions, dont une bonne partie s’est faite dans l’urgence puisque la situation de Zakoura était extrêmement dif­ficile.

Etait-elle en liquidation?

Il convient de signaler qu’il s’agit d’une association qui a un processus à part, mais ce qui importe, pour la Fondation BP, c’est de sauver le maximum de ce qui peut l’être au sein de Zakoura qui avait une belle histoire et une belle image tant au niveau national qu’international. On voudrait capitaliser sur cet aspect de militantisme qu’illustrait Zakoura. Des actions urgentes ont été faites, depuis juin 2009, pour arrêter l’hémorragie. Il fallait sécu­riser tous les flux financiers à l’in­térieur de Zakoura et moderniser les outils de travail. Nous avons proposé les déblocages et essayé de sécuriser le maximum de rembour­sement.
Tout en menant une action en profondeur pour fiabiliser les don­nées. Une campagne de recouvre­ment a été également lancée, car il fallait mobiliser les agents sur le terrain pour essayer de recouvrer le maximum, surtout que Zakoura détient malheureusement le triste record d’impayés. Et puis, de ma­nière concomitante, nous avons lancé sur le terrain une vaste cam­pagne d’assainissement, de restruc­turation et de moralisation pour avoir le plus d’éthique dans la pra­tique de la mico-finance et surtout pouvoir sauvegarder l’image de cet­te institution et sa relation avec sa clientèle. Parallèlement à cela, on a fait appel à un grand cabinet natio­nal pour nous accompagner dans cette opération de fusion. Dans les différents domaines, nous en avons distingué 12. On a constitué des groupes de travail pour cha­que domaine. Il y a des groupes de travail mixte composés de compé­tences de la Fondation BP et ceux de Zakoura pour appréhender les écarts dans les procédures ainsi que les points de concordance sur les­quels on va construire la fusion. Ce travail a été achevé, aujourd’hui, on rentre dans la phase de l’opé­rationnalité sur le terrain. C’est un travail qui a mobilisé près de 60 personnes, nous pensons, que le mois de janvier 2010, la fusion sera opérationnelle.

Par rapport au volet Ressources humaines, qu’est ce qui a été fait pour que la fusion soit réussie ?

A ce niveau, deux contraintes sont à prendre en compte. La première, c’est la viabilité financière de l’en­semble. Certes, la Fondation BP est beaucoup plus organisée, avec une rentabilité financière et une gestion meilleure, mais Zakoura représente deux fois le réseau et le volet RH de la Fondation BP, c’est colossal et lourd à gérer. C’est pourquoi, il faut que le nouvel ensemble ne soit pas  »morné ». A cet effet, il faut veiller à conserver le maximum de RH et de compétences, mais en même temps, faire en sorte que la future structure soit viable. Si le groupe est prêt à faire quelques sacrifices, ils doivent être rationnels et supportables. C’est l’argent de la communauté qui est en jeu. C’est pourquoi, il y a effectivement ce souci de rationaliser et de faire des arbitrages à partir d’un business-plan qu’on va présenter.

Source, LE MATIN, Nadia Benyouref, 30-10-09

http://www.lematin.ma/Actualite/Supplement/Article.asp?origine=sej&idr=666&id=122086

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